Un très beau livre sur Paul Rand, père du logo
Paul Rand: considéré comme un des gourous du graphisme moderne, on lui doit notamment le logo d’IBM

«Recherchons directeur artistique moderne et créatif. Sans être un Rand, il saura imprimer sa marque au département artistique.» Cette annonce, parue en 1953 dans le New York Times , donne une idée de l'impact qu'a eu Paul Rand (1914-1996) sur le graphisme contemporain.
L’HOMME Gourou du design, Paul Rand (1914-1996) est considéré comme un des théoriciens de l’«image de marque». / PHAIDON
A trente ans, dans les années 1940, il s'était déjà imposé dans la publicité en s'inspirant des avant-gardes européennes, le Bauhaus, De Stijl ou du constructivisme russe. A contre-courant, Rand ne fait pas dans le style. Son approche est avant tout pragmatique, se conformant au principe du «MAYA»: «Most Advanced Yet Acceptable». Du neuf, mais dans les limites de l'acceptable pour le client.
Plus tard, il devient consultant en communication visuelle pour IBM. «La marque de fabrique est la signature du groupe, par opposition à la signature de l'individu», écrit Rand en 1950. Aujourd'hui, c'est une évidence. Mais dans l'après-guerre, alors qu'émergent les multinationales et le besoin d'un message universel, unifié, la notion d'identité d'entreprise est encore balbutiante. Aux Etats-Unis, les sociétés réagissent au coup par coup, sans avoir de système graphique cohérent. C'est d'Europe que vient le vent, à travers les exemples d'AEG et d'Olivetti notamment.
La trouvaille des rayures
IBM, qui a hérité d'un vieux logo de 1924, veut se mettre à la page. En 1960, on entre dans l'ère de l'électronique. Et comme Kleenex pour les mouchoirs ou Xerox pour les photocopieuses, IBM devient synonyme d'ordinateurs. Rand craignait qu'un logo massif ne soit oppressant pour le public - les affaires antitrust qui suivront lui donnent raison. Aussi cherche-t-il à alléger le logo. Jusqu'à aboutir aux fameuses rayures, inspirées des codes-barres des billets de banque, qui évitent l'impression de poids. Une trouvaille qui essaimera, les rayures devenant bientôt un «motif» informatique - voir l'ancien logo d'Apple.
Après IBM, Rand va bosser pour Westinghouse, UPS et pour la chaîne ABC. Il aura moins de succès avec Ford, en 1966, qui refuse sa proposition de logo, jugée trop radicale. Mais il aura su convaincre les entreprises de l'efficacité économique d'un bon outil visuel. Le splendide ouvrage de Steven Heller, richement illustré, retrace le parcours de ce gourou du design, également essayiste, Un récit aussi très humain, truffé d'anecdotes sur le bonhomme.
source. NICOLAS BERLIE
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